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La Maison aux livres

(Zulma ZA 2025 - Traduit du turc par François-Michel Durazzo)

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Quel féru de lecture n‘a jamais rêvé de recevoir un tel cadeau ? Cet héritage, je l‘ai envié dès la première page. Un écrivain reçoit en legs une bibliothèque de trente mille livres : un octogone de verre accroché à flanc de colline au-dessus du Bosphore, offert par un inconnu qu‘on ne connaîtra jamais que sous le nom de « Monsieur ». On voudrait tous, un jour, ouvrir cette porte-là.

Sauf que Batur ne nous laisse pas rêver tranquillement. Ce cadeau devient vite une présence. On sent le poids des rayonnages, l‘odeur du papier ancien, les annotations d‘une main qu‘on n‘a jamais rencontrée mais qu‘on finit par connaître mieux qu'un proche. Le narrateur n‘habite plus sa vie, il habite cette maison, ce qui lui finira par lui coûter …

On y circule comme dans une maison hantée par des idées, des fragments, des souvenirs de lecture. C‘est tout le vertige du livre : on croit entrer dans une bibliothèque, on découvre qu‘on entre dans quelqu‘un. Chaque livre s’y ouvre sur un autre, à la manière d'un labyrinthe borgésien, sans qu'on sente jamais la citation peser : on pense à Borges, à Calvino, à Benjamin, non parce que Batur les évoque, mais parce qu‘on reconnaît ce vertige : celui de courir après une bibliothèque qui s‘agrandit plus vite qu‘on ne la lit.

À l'heure où le flux numérique menace de dissoudre notre rapport au livre comme objet et comme refuge, La Maison aux livres est une résistance silencieuse : une invitation à habiter la littérature plutôt qu‘à la traverser au pas de course.

Un livre pour ceux qui, déjà, ont annulé une soirée pour finir un chapitre.

COUP DE CŒUR D’HÉLÈNE

    1, rue Gabriel Marty - 76980 Veules-les-Roses

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